Arthur Lyon Dahl. Les problemes de l'environnement et les solutions baha'ies. La Pensee Baha'ie, Printemps 2008, no. 149/150, p. 18-33.
Les problèmes de l'environnement et les solutions bahá'Ăes
Par Arthur Lyon Dahl Ph. D.,Genève, Suisse
PubliĂ© dans La PensĂ©e Bahá'Ăe, Printemps 2008, n° 149/150, p. 18-33
Les problèmes de l'environnement se sont imposés comme des enjeux majeurs
de notre époque malgré les efforts des économistes, des responsables
politiques et des milieux d'affaires pour les ignorer. On peut penser que
des questions scientifiques et techniques telles que l'environnement sont
loin des préoccupations spirituelles ou religieuses, mais dans la foi
bahá'Ăe, avec sa perspective holistique de la sociĂ©tĂ©, l'environnement a
toujours fait partie des composants essentiels de la civilisation
mondiale, tant matérielle que spirituelle, dont elle s'efforce de poser
des fondations.
L'évolution de la pensée environnementale
Dès le dix-neuvième siècle, les premiers soucis environnementaux Ă©taient la protection des sites spectaculaires naturels dans les parcs et rĂ©serves, ainsi que la gestion durable et la restauration des forĂŞts et des zones boisĂ©es. DĂ©jĂ dans les annĂ©es 1920, un bahá'Ă, Richard St. Barbe Baker fut un pionnier dans cette matière. Ses efforts pour sauver les arbres et le reboisement en Afrique, en Palestine, et ensuite dans le monde entier ont Ă©tĂ© encouragĂ©s et soutenus par Shoghi Effendi, le Gardien de la foi bahá'Ăe, qui est devenu le premier membre Ă vie de son association, les Hommes des Arbres (Men of the Trees) vers 1930.
Ensuite, dès 1962, les problèmes de pollution sont devenus une préoccupation importante, voir par exemple le livre "Silent Spring" de Rachel Carson sur l'impact environnemental des pesticides; puis les marées noires du "Torrey Canyon" en 1967, à Santa Barbara en 1969, et de l’ "Amoco Cadiz" en 1978. L'explosion de l'usine de Seveso en Italie a révélé le danger des dioxines, et celui de Bopal en Inde a tué des milliers de personnes. Le débat sur le nucléaire est devenu une préoccupation primordiale avec l'explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Les effets sur la santé de produits tels que l'amiante et les polluants organiques persistants (POP) ont conduit à leur interdiction.
Avec la première journĂ©e de la terre (Earth Day) en 1970, aux États-Unis, la sociĂ©tĂ© civile a commencĂ© Ă rĂ©agir. Ensuite, en 1972, les gouvernements se sont rĂ©unis Ă la confĂ©rence de l'ONU sur l'environnement humain Ă Stockholm Ă laquelle la CommunautĂ© internationale bahá'Ăe a Ă©galement participĂ©. L'Ă©tude sur les limites Ă la croissance publiĂ©e par le Club de Rome, en 1972, lança le dĂ©bat sur les impacts de la forte croissance Ă©conomique et dĂ©mographique sur l’épuisement des ressources planĂ©taires et la capacitĂ© Ă maintenir la vie. Pendant quinze ans, son action principale visait la crĂ©ation de ministères de l'environnement et l'adoption de lois et de règlements anti-pollution.
Ce n'est qu'en 1987, avec la Commission de l'ONU sur l'environnement et le développement, présidé par le premier ministre Norvégien Gro Harlem Brundtland, que le débat s'est élargi pour remettre en question la civilisation matérialiste occidentale, qui avec sa consommation excessive des ressources n’avait pas pris en compte la pauvreté dans le monde et n’avait pas pensé aux conséquences pour les générations futures. On parlait alors du développement durable, de la perte de la diversité biologique et du changement climatique.
L'apogĂ©e fut la ConfĂ©rence de l'ONU sur l'environnement et le dĂ©veloppement, le Sommet de la Terre Ă Rio de Janeiro en 1992, oĂą plus de cent chefs d'Ă©tats et de gouvernements ont adoptĂ© l’Agenda 21 (Action 21) prĂ©voyant le plan d'action du dĂ©veloppement durable pour le 21ème siècle. Les bahá'Ăs furent très actifs Ă Rio et ont pu faire une dĂ©claration Ă ce sommet.
Malgré quelques progrès enregistrés dans les pays industrialisés, l'environnement mondial a continué à se dégrader, principalement du fait de la domination des intérêts économiques et politiques à court terme ainsi que de la croissance de la population dans les pays sous-développés. Ce n'est que récemment, qu’à cause des signes alarmants du changement climatique, l'environnement est redevenu prioritaire dans les préoccupations des gouvernements.
Perspective bahá'Ăe sur l'environnement
L'intérêt bahá'à pour l'environnement découle naturellement du principe de l'harmonie entre la science et la religion. «Dans la recherche de la vérité, la science et la religion - les deux systèmes de connaissances à la portée de l'humanité - doivent avoir une influence réciproque, proche et continuelle. La perspicacité et les compétences que représentent les aboutissements scientifiques doivent se tourner vers la puissance des responsabilités spirituelles et des principes moraux, afin d'assurer leur application correcte.» (1)
L’approche de l'environnement doit être à la fois scientifique et
spirituelle, ces deux aspects étant complémentaires. «La nature est la
volonté de Dieu, elle est son expression dans et à travers le monde
contingent.»(2)
«Si... tu considères l'intime essence de toutes choses, et l'individualité
de chacune en particulier, tu contempleras les signes de la miséricorde de
ton Seigneur dans chaque chose créée, et tu verras les rayons diffus de
ses noms et attributs à travers le monde de l'existence....» (3).
On trouve dans les Ă©crits bahá'Ăs une conception Ă©cologique de la
nature: «...tous ces êtres innombrables qui peuplent le monde, l'homme,
l'animal, le végétal, le minéral, quels qu'ils soient, sont chacun des
composés d'éléments; et il n'y a pas de doute que cette perfection de tous
les êtres provient de ce que Dieu les a créés par une combinaison
d'éléments mélangés en proportions déterminées, de la nature de leur
constitution ainsi que de l'interaction des autres êtres. Par conséquent,
tous les êtres sont liés les uns aux autres comme les anneaux d'une
chaîne; et cette assistance, cette influence réciproques sont de l'essence
des choses: elles produisent l'existence, la croissance et le
développement des créatures.» (4)
L'être humain n'est pas indépendant de l'environnement, comme le monde occidental a voulu le croire. «Nous ne pouvons séparer le coeur humain de l'environnement extérieur, et déclarer qu'une fois l'un des éléments corrigés, tout s'améliorera. L'homme fait partie du monde. Sa vie intérieure modifie l'environnement et est à son tour profondément affectée par celui-ci. Leur action est interdépendante et tout changement permanent dans la vie d'un homme résulte de ces réactions mutuelles.» (5)
Il est donc normal que la communautĂ© bahá'Ăe se soit orientĂ©e très tĂ´t vers la protection de l'environnement et la gestion sage de ses ressources. L'illustration parfaite de cet Ă©quilibre entre la nature et la spiritualitĂ© se trouve dans les jardins autour des lieux sacrĂ©s baha'is, sur le Mont Carmel Ă HaĂŻfa, en IsraĂ«l. Conçus d'une manière Ă©cologique, ils forment, au centre, un cadre de beautĂ© et d’harmonie, avec, sur les cĂ´tĂ©s, une transition graduelle vers la flore sauvage de la montagne.
Les origines des problèmes environnementaux
On trouve dans les Ă©crits bahá'Ăs et les dĂ©clarations de la CommunautĂ© internationale bahá'Ăe une condamnation sĂ©vère de la sociĂ©tĂ© matĂ©rialiste qui a accĂ©lĂ©rĂ© la plupart des graves problèmes de l'environnement d'aujourd'hui. «La culture de consommation, hĂ©ritière par dĂ©faut de l'Ă©vangile matĂ©rialiste de l'amĂ©lioration humaine, ne s'embarrasse pas de la nature Ă©phĂ©mère des buts qui l'inspirent. Pour la minoritĂ© qui peut se l'offrir, les avantages recueillis sont immĂ©diats et la raison n'est pas un argument. Enhardie par la faillite de la morale traditionnelle, l'avancĂ©e du nouveau credo n'est en fait rien de plus que le triomphe d'une impulsion animale, aussi instinctive et aveugle que l'appĂ©tit, libĂ©rĂ©e finalement du frein des sanctions supranaturelles. Des tendances fustigĂ©es universellement dans le passĂ© comme dĂ©fauts moraux sont devenues des nĂ©cessitĂ©s du progrès social. L'Ă©goĂŻsme devient une ressource commerciale apprĂ©ciĂ©e ; le mensonge s'invente un habit d'information publique.... Sous des euphĂ©mismes appropriĂ©s, l'aviditĂ©, la luxure, la paresse, l'orgueil – la violence mĂŞme – sont largement acceptĂ©s, et acquièrent de plus une valeur sociale et Ă©conomique.» ( 6)
Cette consommation excessive des ressources et des énergies fossiles épuise les sols et les ressources en eau, et engendre le changement climatique tout en générant des quantités impressionnantes de déchets.
C'est la civilisation occidentale elle-mĂŞme, dont la croissance n’a jamais Ă©tĂ© remise en cause, qui met en danger la capacitĂ© de l'environnement Ă maintenir la stabilitĂ© de ses fonctions essentielles. Il y a plus de cent ans dĂ©jĂ , Bahá'u'lláh, fondateur de la foi bahá'Ăe, nous a averti des dangers d'un dĂ©veloppement matĂ©riel excessif. «La civilisation, tant vantĂ©e par les reprĂ©sentants les plus qualifiĂ©s des arts et des sciences, apportera de grands maux Ă l'humanitĂ©, si on lui laisse franchir les limites de la modĂ©ration.... La civilisation, d'oĂą dĂ©coule tant de bien lorsqu'elle reste modĂ©rĂ©e, deviendra, si elle est portĂ©e Ă l'excès, une source aussi abondante de mal.... Le jour approche oĂą elle dĂ©vorera de ses flammes toutes les citĂ©s du monde.» (7)
Les problèmes de l'environnement ont leur racines dans le système économique qui, avec ses valeurs matérialistes et ses perspectives à court terme, déstabilise le monde actuel. «Autre défi pour la pensée économique : la crise de l'environnement. Il est aujourd'hui, froidement démontré que les théories fondées sur la croyance que la nature possède une capacité illimitée à répondre à toutes les exigences humaines sont fallacieuses. Une culture qui attache une valeur absolue à l'expansion, à l'acquisition et à la satisfaction des besoins se voit confrontée à une évidence : de tels buts ne suffisent pas, en soi, à déterminer une politique cohérente. D'autre part, toute prise de décision pour tenter de résoudre les questions économiques qui ne tiendrait pas compte du fait que la plupart des problèmes importants sont plus mondiaux que locaux, serait tout à fait inadéquate.»
«L'espoir fervent que cette crise morale pourra être résolue, d'une manière ou d'une autre, en déifiant la nature elle-même, n'est qu'un signe évident du désespoir intellectuel et spirituel engendré par la crise. Même si elle est bienvenue, la reconnaissance que la création est un tout organique et que l'humanité a le devoir d'en prendre soin ne suffit pas à influencer la conscience des peuples au point de créer un nouveau système de valeurs. C'est seulement en franchissant un seuil décisif dans la compréhension, à la fois scientifique et spirituelle, que l'espèce humaine aura la force d'assumer les responsabilités que l'histoire lui impose.» (8)
Quelques solutions proposées
Ce n'est pas par la critique qu'on peut rĂ©soudre des problèmes environnementaux, mĂŞme si cela peut nous aider Ă voir oĂą et comment agir. C'est au niveau des valeurs qu'on trouve l'origine du problème. La CommunautĂ© internationale bahá'Ăe nous montre comment une valorisation spirituelle et scientifique de la nature peut conduire Ă des solutions très pratiques face Ă l'environnement. «Les Ecritures Bahá'Ăes dĂ©crivent la nature comme le miroir du sacrĂ©. Elles enseignent que la nature doit ĂŞtre valorisĂ©e et respectĂ©e, mais non pas idolâtrĂ©e. PlutĂ´t, elle doit soutenir les efforts de l'humanitĂ© pour promouvoir une civilisation Ă l'avancĂ©e perpĂ©tuelle. Toutefois, eu Ă©gard Ă l'interdĂ©pendance de tous les segments de la nature, et de l'importance de l'Ă©volution et la diversitĂ© "dans la beautĂ©, l'efficacitĂ©, et la perfection du tout", aucun effort ne doit ĂŞtre mĂ©nagĂ© afin de conserver Ă la terre sa bio-diversitĂ© et son ordre naturel.»
«En tant que tributaires, ou régisseurs des vastes ressources et de la diversité biologique de la planète, l'humanité doit apprendre à exploiter les ressources naturelles de la terre, qu'elles soient renouvelables ou non, d'une manière qui en assure le caractère durable et équitable jusque dans un avenir lointain. Cette régie exigera une connaissance pleine et entière des conséquences écologiques possibles, afférentes à toute activité humaine. Elle obligera l'humanité à tempérer ses actions avec de la modération et de l'humilité, se rendant compte que la vraie valeur de la nature ne peut s'exprimer en termes économiques. Elle exigera aussi une profonde compréhension du monde naturel et de son rôle dans le développement collectif de l'humanité - aussi bien matériel que spirituel. Ainsi, l'exploitation d'un environnement durable doit être considérée non pas comme une responsabilité discrétionnaire, que l'humanité peut peser contre d'autres intérêts en lice, mais plutôt comme une obligation fondamentale qui doit être assumée - une condition préalable au développement spirituel ainsi qu'à la survie physique de l'individu.» (9)
Ainsi inspirĂ©s, de nombreux bahá'Ăs se sont efforcĂ©s de chercher des solutions aux problèmes de l'environnement dans leur rĂ©gion. A Vanuatu, il y a quelques annĂ©es dĂ©jĂ , un mĂ©canicien bahá'Ă a trouvĂ© le moyen de remplacer l'huile diesel importĂ©e par l'huile de coco locale, plus Ă©conome et moins polluante dans les vĂ©hicules. au Tchad, une association d'inspiration bahá'Ăe enseigne des mĂ©thodes de dĂ©veloppement durable afin de restaurer la pĂŞche en rivière. A Fidji, un biologiste bahá'Ă a formĂ© les femmes des villages cĂ´tiers dans la plantation des coraux, pour restaurer les rĂ©cifs coralliens dont elles dĂ©pendent pour la pĂŞche. D'autres bahá'Ăs ont fait carrière dans les domaines liĂ©s Ă l'environnement, et ont crĂ©Ă© une association d'inspiration bahá'Ăe, le Forum international pour l'environnement (https://iefworld.org/) avec des membres dans une cinquantaine de pays.
On peut également citer, parmi les programmes de développement durable
initiés par les communautés baha’ies à travers le monde, celui du «Barli
Institute» dans l’état du Madhya Pradesh, en Inde.
Ce programme de formation s’adresse spécifiquement aux jeunes femmes des
régions rurales, et son but est de développer chez elles une conscience
environnementale. Ces jeunes femmes sont considérées comme des
actrices-clés pour promouvoir un profond changement social, pas seulement
en termes de pratiques protégeant l’environnement, mais aussi dans le
domaine de la santé, de la nutrition, de l’éducation et du développement
moral.
Ce qui prime dans le fonctionnement de cet institut est l’éducation et la formation des femmes, qui sont essentielles pour le progrès de la société. En effet, les femmes sont les premières éducatrices de leurs enfants et cette éducation influence l’esprit et la conduite de la nouvelle génération, aussi bien des hommes que des femmes.
Etablie en 1985 cette institution, bahá’Ăe Ă l’origine et dĂ©diĂ©e aux femmes en milieu rural, est devenue une entitĂ© indĂ©pendante en septembre 2001 avec son propre conseil d’administration, en prenant le nom d’Institut Barli pour le dĂ©veloppement des femmes en milieu rural.
L’objectif de cet institut est que les jeunes femmes, renforcées par leur formation en lecture et écriture, en nutrition, en conservation, en hygiène, ainsi qu’en génération de revenus, retournent dans leurs villages et deviennent des piliers pour leurs familles et communautés. Elles sont ainsi actrices du changement social et physique de leur environnement. Le mot «Barli» est le terme local qui désigne le pilier central de la maison, il a été choisi comme nom pour l’institut.
MalgrĂ© le changement de nom, le programme de l’institut est encore inspirĂ© par les principes bahá’Ăs qui mettent l’accent sur l’égalitĂ© des droits des femmes et des hommes, et qui dĂ©fendent vigoureusement les mesures favorisant l’éducation des jeunes filles et des femmes. Depuis 17 ans, l’institut en a formĂ© plus de 1500.
Les programmes sont entièrement libres, et les formateurs sont originaires des tribus des districts du Madhya Pradesh. C’est une région marquée par une pauvreté chronique et par la malnutrition, dues en partie à des mauvaises récoltes et à des sécheresses fréquentes, à la diminution de l’eau potable ainsi qu’à un sol peu arable. Beaucoup de ces problèmes ont été accentués par la déforestation, causée en partie par la recherche de bois de chauffage, et l’érosion qui s’ensuit.
Au milieu des années 1980, l’institut commença à utiliser des marmites solaires pour sa propre cuisine et à promouvoir leur utilisation dans les villages qu’il desservait. En 1998, une première installation de cuisson solaire de plus grande dimension (parabole de 7,5m de diamètre) fut mise en place dans l’institut, et une deuxième en 2000. Ces larges réflecteurs, conçus par le spécialiste allemand en énergie solaire Wolfgang Scheffler, ont servi de modèles pour le développement de la technique de cuisson à l’énergie solaire à l’institut et à ses étudiantes. Il en est ressorti un modèle permettant d’accumuler et de mettre en réserve la chaleur afin d’assurer la capacité de cuisson à toute heure.
Ce modèle a permis à l’institut de faire la cuisine toute l’année avec l’énergie solaire et progressivement à mettre en place de telles installations dans les villages de la région desservie par ce dernier. Pour garantir une bonne utilisation de ces installations, l’institut donne une formation aux jeunes femmes utilisatrices, et leur demande une participation de 10% aux coûts, le reste étant pris en charge par deux organisations non-gouvernementales autrichiennes.
En effet, la formation des indigènes à l’utilisation des nouvelles technologies est une action très importante dans les zones rurales, car trop souvent les nouveaux équipements sont abandonnés et mis hors d’usage s’ils ont été introduits dans ces milieux sans instruction et formation adéquates.
La présence et les activités de l’institut sont très importantes pour les projets de développement durable; le processus de formations commence lorsque les jeunes étudiantes arrivent et voient comment les besoins propres de l’institut en légumes sont produits sur place, et que la majeure partie des repas est cuisinée grâce aux fours solaires à large réflecteur qui y sont installés. Le procédé est bien accueilli par la population, et commence à se répandre dans la région. Les initiateurs ont bon espoir de contribuer à l’arrêt de la déforestation, qui a été une plaie pour leur district.
L’usage de l’énergie solaire n’est pas le seul élément de conservation environnementale enseigné par l’institut. Les étudiantes apprennent que préserver l’environnement est une responsabilité spirituelle et un service vital à la communauté. Elles sont formées à planter des arbres et à les soigner, à trouver de nouvelles méthodes pour la récolte des graines. Elles apprennent également à utiliser d’autres moyens naturels de conservation et d’économie d’énergie tels que: le compostage, la vermiculture, l’utilisation de produits biodégradables et la gestion des déchets ménagers.
D’autre part, une refonte des buts du système économique serait un pas essentiel vers une meilleure gestion de l'environnement. «Des ressources allouées à des agences ou programmes ayant des effets néfastes sur l'individu, les sociétés et l'environnement doivent être redistribuées et dirigées vers ceux plus à même de favoriser un ordre social dynamique, juste et prospère. De tels systèmes économiques seront de nature fortement altruiste et coopérative ; ils fourniront des emplois utiles et aideront à l'éradication de la pauvreté dans le monde.» (10)
Parmi les efforts des baha'is dans ce domaine, citons l’European Bahá'à Business Forum (http://ebbf.org), dont les membres oeuvrent pour un monde des affaires plus responsable et plus durable.
Pour l'individu, un changement des valeurs est aussi nécessaire. Au lieu de se faire manipuler pour la consommation à outrance, on peut donner plus de priorité à des valeurs sociales et spirituelles qui procurent un bonheur plus durable. Le principe de modération s'applique aussi bien aux individus qu'à la société. Comme Bahá'u'lláh a dit, celui qui cherche la spiritualité «doit se contenter de peu, et ne jamais demander plus qu'il n'a.» (11)
Si chacun partageait cet Ă©tat d'esprit, il y aurait suffisamment de ressources planĂ©taires pour tous. Mais pour y parvenir, il faut l'Ă©ducation pour un dĂ©veloppement durable. Dans ce domaine aussi, beaucoup de bahá'Ăs se sont lancĂ©s. Irma Allen de Swaziland a gagnĂ© un prix de l'ONU pour ses activitĂ©s dans l'Ă©ducation pour l'environnement en Afrique. La communautĂ© bahá'Ăe de la Nouvelle-CalĂ©donie a organisĂ© des camps d'Ă©ducation Ă l'environnement pour les jeunes. En AmĂ©rique latine, oĂą les programmes d'Ă©ducation d'inspiration bahá'Ăe sont très avancĂ©s, l'Ă©ducation aux valeurs morales et Ă une vie rurale durable est fondamentale.
Il est évident que le changement climatique, la protection de la couche d'ozone, la sauvegarde de la biodiversité, la pollution transfrontalière ne peuvent être traités qu'au niveau international. Donc, des mécanismes de gouvernance internationale pour l'environnement doivent être mis en place. Leur bon fonctionnement dépendrait également des valeurs sur lesquelles ils seraient fondés. «La justice est la seule force qui puisse transformer la conscience naissante de l'unité de l'humanité en une volonté collective capable d'ériger sereinement les structures nécessaires à une vie communautaire mondiale. A une époque où il est de plus en plus facile aux peuples du monde d'avoir accès à une information multiforme et à une grande diversité d'idées, la justice s'imposera comme le principe directeur d'une organisation sociale réussie. Il faudra de plus en plus souvent soumettre le projet de développement de la planète à l'éclairage impartial de ses normes....».
«Le souci de justice protège la tâche de définir le progrès de la tentation de sacrifier le bien-être de la majeure partie de l'humanité - voire de la planète elle-même - au nom de progrès technologiques dont les retombées ne bénéficient qu'à des minorités privilégiées. En matière de conception et de planification, il empêche que des ressources limitées ne soient détournées au profit de projets étrangers aux priorités économiques et sociales essentielles d'une communauté. Mais surtout, seuls les programmes de développement susceptibles de satisfaire les besoins de l'humanité et dont les objectifs sont considérés justes et équitables auront des chances de gagner l'adhésion de masses dont dépend leur mise en oeuvre.» (12)
Les efforts Ă©normes qui doivent ĂŞtre entrepris pour diminuer les effets du changement climatique exigent un partage juste des coĂ»ts et des bĂ©nĂ©fices. Le refus actuel de certains pays d'accepter leur part de responsabilitĂ© a beaucoup ralenti l'action nĂ©cessaire. Le fait que les pauvres vont subir les consĂ©quences les plus sĂ©vères qu’ils aient peu ou pas du tout contribuĂ© au problème, soulève aussi des questions Ă©thiques fondamentales. La CommunautĂ© internationale bahá’Ă'e a attirĂ© l'attention des gouvernements sur ses questions en organisant un dĂ©bat sur «les dimensions Ă©thiques du changement climatique» Ă l'ONU pendant la Commission du dĂ©veloppement durable en mai 2007. Les deux dernières confĂ©rences annuelles du Forum international pour l'Environnement Ă Oxford et Ottawa ont aussi abordĂ© la question du changement climatique.
Les bahá'Ăs ont une vision très claire des institutions mondiales qui permettraient une bonne gestion de l'environnement planĂ©taire. «L'unitĂ© de la race humaine telle que la conçoit Bahá'u'lláh implique l'Ă©tablissement d'une communautĂ© universelle oĂą toutes les nations, races, classes et croyances seront Ă©troitement et dĂ©finitivement unies, oĂą l'autonomie des États-membres et la libertĂ© personnelle, ainsi que l'initiative des individus seront dĂ©finitivement et intĂ©gralement sauvegardĂ©es. Cette communautĂ©, pour autant que nous puissions l'imaginer, comportera une lĂ©gislature universelle dont les membres, en tant que reprĂ©sentants de la race humaine, auront le contrĂ´le suprĂŞme de toutes les ressources des nations qui la composeront, et Ă©dicteront les lois nĂ©cessaires pour rĂ©gler la vie de tous les peuples et de toutes les races, pour rĂ©pondre Ă leurs besoins et harmoniser leurs relations.... Les ressources Ă©conomiques du monde seront organisĂ©es, toutes les sources de matières premières seront exploitĂ©es Ă plein rendement, tous les marchĂ©s coordonnĂ©s et dĂ©veloppĂ©s, et la distribution des produits Ă©quitablement rĂ©glĂ©e.... Un système de fĂ©dĂ©ration universelle qui rĂ©gira la terre entière et exercera sur ses ressources, d'une ampleur inimaginable, une autoritĂ© Ă l'abri de toute discussion; un système qui... tendra Ă l'exploitation de toutes les sources d'Ă©nergie disponibles Ă la surface de la planète..., tel est le but vers lequel les forces unifiantes de la vie poussent l'humanitĂ©.» (13)
Les problèmes de l'environnement sont symptomatiques de la désunion d'un monde où les gouvernements s'accrochent à la souveraineté nationale et où «le dogmatisme matérialiste, après avoir pénétré et maîtrisé les centres de pouvoir et d'information à l'échelle mondiale, fit en sorte qu'aucune voix rivale ne puisse mettre en cause les projets de l'exploitation économique mondiale.» (14)
L'expĂ©rience des trente dernières annĂ©es montre que les connaissances scientifiques des dĂ©fis environnementaux ne suffisent pas Ă changer le comportement des gouvernements ou des individus. Il faut agir au niveau des valeurs pour que le coeur et la tĂŞte soient en harmonie. Ce n'est qu'en construisant une civilisation Ă la fois matĂ©rielle et spirituelle, telle qu'elle est prĂ©conisĂ©e par la foi bahá'Ăe, que nous pourrons rĂ©soudre les problèmes de l'environnement et Ă©viter une catastrophe planĂ©taire.
Notes
(1) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe,
1998. Place
et importance de la spiritualité dans le développement
(2) Bahá'u'lláh, Les
Tablettes de Bahá'u'lláh, p. 148
(3) 'Abdu'l-Bahá, Sélection
des Écrits d''Abdu'l-Bahá, 19, p. 40
(4) 'Abdu'l-Bahá, Les
leçons de Saint-Jean d'Acre, Paris, PUF, 5e éd., 1982, chpt. 46,
p. 184
(5) Le secrétaire de Shoghi Effendi,
extrait d'une lettre du 17 février 1933 à un croyant
(6) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe,
2005. Une seule et mĂŞme Foi, p.
7
(7) Bahá'u'lláh, Extraits
des Ecrits de Bahá'u'lláh, 163, p. 225
(8) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe,
1995, Vers
une humanité prospère
(9) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe,
1998. Place
et importance de la spiritualité dans le développement
(10) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe, 1998. Place
et importance de la spiritualité dans le développement
(11) Bahá'u'lláh,
Le Livre de la Certitude (Kitáb-i-Iqán)
p. 107
(12) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe, Vers
une humanité prospère, 1995
(13) Shoghi Effendi, L'Ordre
mondial de Bahá'u'lláh, p. 197-199
(14) CommunautĂ© internationale bahá'Ăe, 2005. Une
seule et mĂŞme Foi, p. 3
Dernière mise à jour le 29 mai 2008